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 Aux soins du destin

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Lucian Mac Tìre
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MessageSujet: Aux soins du destin   Ven 4 Fév - 20:39

Perdu dans les méandres des innombrables bâtiments, vous arrivez devant une porte.
Curieux, vous l'ouvrez, vous demandant ce que peut bien être cette pièce où vous pénétrez sans un bruit,
refermant la porte derrière vous.

Vous écarquillez alors les yeux, ouvrant la bouche de stupeur.
La petite porte cachait une petite pièce,
séparée en de multiples fractions par des dizaines d'étagères
sur lesquelles d'innombrables parchemins trônent, attendant qu'on les lise ou qu'on les cache …

Au hasard, pour en prenez un rouleau.
Un nom indéchiffrable apparaît en haut.
Vous le reposez, en prenez un autre, puis recommencez, avançant dans la pièce.
Au bout des étagères, un petit bureau avec une petite chaise semblent n'attendre que vous.
Alors, gardant le dernier rouleau que vous avez pris dans la main, vous vous installez et l'ouvrez devant vous.


Dernière édition par Lucian Mac Tìre le Sam 5 Fév - 1:00, édité 2 fois
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Lucian Mac Tìre
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MessageSujet: Par la Grandeur d'Onasis   Ven 4 Fév - 20:41

Premier parchemin, plié en quatre, froissé par multiples endroits.
Le coin du haut, tâché de vin, commence presque à se détacher.

~ Par la Grandeur d'Onasis ~

On se presse, on s'agite. Hélios est levé depuis peu, et pourtant le monde s'active. Les cris des commerçants résonnent contre les murs, passent sous les arches et vont se perdre dans la foule. « Du poisson frais d'Archeos ! C'est pas cher ! » L'air frais en effraie certains, mais les plus fous ne se laissent pas décourager. « Ça c'est du bon légume, madame ! Ça vient tout droit d'Aldaria ! »

Au milieu des mères de familles se pressant de remplir leurs paniers pour rentrer nourrir leurs enfants, zigzaguant entre les gens agglutinés devant un stand, passant au travers des commerçants qui, profitant de l'occasion, augmentaient leurs prix, un jeune garçon ne leur arrivant pas même à la hanche se faufilait vers les petits ponts désertés, un panier en osier rempli d'aliments récemment achetés serré dans ses petits bras. Arrivant enfin à se dégager de la foule, l'enfant s'arrêta un instant, reprenant son souffle et ajustant ses vêtements pour cacher sa peau fine au froid hivernal, puis reprit son chemin vers le quartier est de la ville.

L'œil vif et jeune, l'enfant passait de balustrades en ponts, de rues étroites en allées dégagées sur la Mer Intérieure, aisément visible depuis les hautes falaises sur lesquelles était construite la cité d'Onasis. Sautillant plus qu'il ne courrait, le garçon leva une seconde les yeux vers Hélios et, d'après sa position dans le cycle quotidien et éternel, comprit qu'il risquait d'être en retard. Il accéléra le pas, bousculant par accident quelques passants, lançant de rapides «
Je suis désolé ! » par dessus son épaule, puis reprit son chemin sans décélérer.

Enfin, il arriva dans sa rue. Les petites maisons s'enfilaient, collées les unes aux autres comme des coquillages sur un rocher, pas plus grandes que les huttes de bûcherons que l'on trouvait dans les Grandes Montagnes du Sud de Cylicia. La plupart d'entre elles étaient faites de bois du pays, quelques unes encore avaient la chance d'être de brique ; on trouvait aussi, parmi les plus pauvres familles vivant là, des maisonnettes en terre battue, certes peu solides contre la colère de Poséïdon, mais assez bien isolées pour protéger leurs habitants du vent glacial en hiver et des montées de chaleur en été. De l'extérieur, elles n'étaient jamais très grandes, mais si l'on s'aventurait à y pénétrer, on découvrait, taillé dans la roche des falaises, des pièces en sous-sol bien assez vastes pour héberger les grandes familles.
Sa maison était de celles-ci.

Poussant la fine porte de bois, le garçon se glissa à l'intérieur de la demeure. Au centre de la pièce principale, un grand feu réchauffait l'ensemble de l'habitation, crépitant dans une cheminée de fortune, faite de quelques gros galets trouvés sur la plage à plusieurs lieues de la ville. S'avançant à pas de loup, le petit posa son paquet sur une table dans un coin, puis, se déchaussant et retirant son manteau, alla sans tarder se laver les mains. Descendant sans bruits l'escalier de pierre recouvert d'une fin tissu, il parvint aux pièces taillées dans la roche et à la petite salle de bain, séparée de la chambre par un rideau de lin aux couleurs claires.

Ils avaient trois pièces ainsi creusées : la salle de bain, la chambre et une cave, bien plus profondément enfouie dans la roche, où le garçon n'avait mit les pieds qu'une fois depuis plusieurs années.

Remontant vers la salle de séjour, il jeta un regard tendre à la masse dormant sur le seul matelas, dur et inconfortable, qu'ils avaient. Puis, de nouveau devant son paquet, il sortit du panier ses provisions du marché. Levant les yeux au ciel, il remercia la déesse Hestia de lui avoir permis d'acheter autant de choses pour nourrir sa famille et eut une pensée pour le dieu Hermès qui, sûrement dans son jour de bonté, avait rendu les commerçants plus ouverts à la négociation.

Lorsque, quelques dizaines de minutes plus tard, un homme sortit de la chambre, les yeux encore fatigués, le corps épuisé malgré sa nuit de sommeil, un large repas l'attendait sur la table de la salle de séjour. Il balaya la pièce des yeux et tomba sur un petit garçon brun, à peine plus haut que la table à eau sur laquelle il était penché et s'affairait à nettoyer couteaux et plats divers. L'homme eut un sourire tendre. Son fils avait encore tout fait pour lui, ce matin ... Il s'approcha derrière lui et, s'assurant qu'il ne tienne aucun objet tranchant, le souleva dans ses bras, lui arrachant un léger cri de frayeur, suivit d'un large éclat de rire.

Comme il aimait ce rire ! Il lui rappelait celui de sa chère et tendre épouse, décédée il y avait bien huit ans de cela ... Reposant le garçon, il lui sourit et le remercia largement.

« Ah, Lucian, que ferais-je sans toi ? Je remercie chaque jour Hestia de t'avoir avec moi ! »

L'enfant rit et sera son père contre lui.

«
Le maître m'a dit qu'Artémis la vénérable nous aidait à grandir et à apprendre. Tu crois qu'elle pourrait t'apprendre la cuisine ? »

L'homme rit de nouveau à ces mots.

« Hélas non, mon fils. Je suis bien trop vieux pour la Grande Artémis ... Que Hébé te fasse don d'éternelle jeunesse ; moi, il y a longtemps qu'elle m'a retiré cette faveur. »

~ ¤ ~

Par tous les temps, les rires et les sourires éclairaient toujours la demeure des Mac Tìre. Tous les voisins, qu'ils soient riches ou aussi peu fournis que le père du petit garçon, avaient un jour croisé la route du petit Lucian. Les femmes admiraient son père d'arriver à élever seul un si adorable garçon ; les hommes lui conseillaient tous de se remarier. Après tout, Lucian ne pouvait pas s'occuper à lui seul des tâches domestiques, et la compagnie risquait de vite manquer à l'homme.

Mais après huit ans, jamais le père de Lucian avait pu oublier sa défunte épouse. Celle-ci était morte en mettant le garçon au monde, et si la perte de sa femme avait été une épreuve terrible, la présence du bambin aux yeux si bleus et au rire si clair avait apaisé sa peine et sa douleur. Souvent le garçon lui demandait pourquoi aucune mère ne remplissait la maison de la douce odeur parfumée si propre aux femmes, et l'homme n'avait que cela à lui répondre :

« Hélas, mon fils, Ilithyie, déesse de l'enfantement, a mis ta mère à l'épreuve il y a bien longtemps, alors que nous attendions ta venue … Et elle n'a pas su répondre à ses attentes. »

L'enfant baissait alors la tête puis, la relevant, lui adressait un large sourire.

«
Même si les autres ils ont une super maman, moi j'ai un super papa ! »

Ainsi était leur vie, faite de bonheur malgré la rudesse de leur condition, de chaleur malgré le froid hivernal, de fraîcheur malgré les températures assommantes de l'été ... Et pour rien au monde Lucian n'aurait changé sa vie.
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Lucian Mac Tìre
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MessageSujet: La première Lune Noire   Ven 4 Fév - 20:42

Deuxième parchemin, chiffonné, déchiré par endroits.
De larges gouttes d'eau s'étalent entre quelques phrases,
faisant parfois couler de légers filets d'encre, rendant les mots illisibles.

~ La première Lune Noire ~

Les rires résonnent, les bruits rebondissent sur les murs de pierre et les arches en tous sens, apportant une pointe de joie dans le cœur des adultes. Les enfants chahutent, jouent tant qu'ils le peuvent …
« Tant qu'ils sont encore enfants » pensent les adultes.

« La tristesse de la Grande Déméter est infinie, cette année … Quel hiver glacial nous avons ...
Les enfants ne semblent pas s'en soucier, regarde-les ! »

Trois petits courent vers les jeunes femmes et la plus âgée en arrête un avec un sourire.

« Lucian, ton père va avoir beaucoup de travail ce soir, un Haut-prêtre est en visite et il devra rester au temple jusqu'au coucher du soleil.
D'accord. Merci madame ! »répond l'enfant avec un large sourire.

Sitôt dit, le garçon s'en retourne courir sous les arches de la ville, escaladant un ponton de pierre pour rejoindre ses camarades.

« C'est le garçon du prêtre Mac Tìre ? » demande la seconde dame.

« Le pauvre petit n'a pas de mère, le prêtre l'a élevé seul …
Il a bien rempli son rôle, l'enfant est d'une honnêteté et d'une gentillesse infinies ! »

Un léger silence s'installe, avant que la plus âgée des deux ne souffle, un peu hésitante :

« Il a peut-être mieux valu pour lui que sa mère ne l'élève pas …
Comment ?! » s'étonne l'autre. « Mais enfin que dites-vous là ?!
On raconte qu'elle était un monstre, et qu'à chaque lune, le prêtre devait l'enfermer pour qu'elle ne blesse personne …
Par les Enfers, quelle horreur !
À la naissance de l'enfant, chacun avait peur qu'il ne soit comme elle … Par chance, il y a réchappé. »

~ ¤ ~

Alors que l'astre de lumière déclinait sur l'horizon, Lucian était chez lui depuis plusieurs heures déjà. Portant sur la table un large plat de légumes qu'il avait passé tant de temps à préparer, il prit deux bols sur l'étagère et les posa à leur tour sur la table de pierre au centre de la pièce. Puis, prenant les plus belles serviettes en tissu qu'ils avaient – et surtout les seules, il les plia à la forme du paon, vénérant par ce fait la grande Héra.

Ce jour devait être parfait. Lorsque son père rentrerait, il trouverait un bon repas sur la table, et un fils heureux l'attendant. Oui, ce jour devait être parfait. Après tout, on ne fêtait pas tous les jours ses dix ans …

De larges embrassades et un bon repas plus tard, alors que le soleil avait disparut et que lentement la lune se levait, l'enfant s'amusait avec son père, serrant dans ses petites mains son cadeau – une large perle de pierre cuite, décorée de profondes arabesques louant les Dieux : un charme de protection. Il tourna un instant les yeux vers la lune, incarnation de la belle Artémis. Elle était pleine ce soir-là, rendant l'ambiance joyeuse, les rires retentissant sur les murs de terre et de pierres …

Mais la joie ne durerait pas.

Un rayon de lune traversa la seule fenêtre, s'abattant comme une flèche sur le dos du garçon. Celui-ci eut alors un sursaut, la peur l'envahissant.

«
Papa ? »

Son petit corps se vouta, une violente douleur déferla sur lui, le coulant au sol, haletant, les larmes aux coins des yeux.

« Lucian, ça ne va pas ? »

Un gémissement s'échappa des lèvres entrouvertes du petit brun, et il leva difficilement ses prunelles d'un bleu turquoise que la douleur et la confusion avaient réussi à troubler vers son père.

«
Ça fait mal » souffla-t-il, comme si hausser le ton allait accentuer son mal-être. « J'ai mal, papa … J'ai peur ... »

Mais le père ne comprenait pas plus ce qui se passait. Il vit alors son fils se recroqueviller sur le sol, se tenant les côtes à en trembler. Son corps se recouvrait de frissons, puis bientôt de puissantes convulsions.

L'homme écarquilla alors les yeux. La peau de la colonne vertébrale se fendait sous ses yeux, laissant apparaître une seconde couche orangée, maculée de sang frai. Les doigts fins s'allongèrent, devenant griffes, déchirant la peau des côtes de l'enfant qui cria de douleur.

Et le père comprit. Tremblant à son tour, il se projeta contre une des parois de la hutte.

« C'est une malédiction » souffla-t-il les larmes aux yeux en regardant son si précieux fils se transformer peu à peu, les hurlements de douleur emplissant la pièce. « L'héritage de ta mère … Lucian … Non, pas toi ... »

S'effondrant en larmes, les yeux fixés sur ce que devenait son fils, il grava dans sa mémoire l'image du regard si bleu noyé sous les larmes de souffrance. Il savait qu'il ne le reverrait jamais plus …

Un rugissement retentit alors dans la pièce, et tout devint noir.

~ ¤ ~

Lorsque l'enfant reprend conscience, il se sent allongé, recroquevillé à même le sol. Il a froid, terriblement froid. Sans ouvrir les yeux, il resserre ses paupières, ramenant ses mains à ses yeux, avant de sursauter. Son mouvement provoque un bruit écœurant de colle, et il sent à présent comme un liquide froid et gluant qui macule le sol sur lequel il est installé. Effrayé, il ouvre lentement les yeux, avant de réprimer un cri de terreur. Ses petites mains sont couvertes de sang !

Tremblant, il se redresse alors, tentant d'ignorer la douleur qui déferle sur son corps. Il referme les yeux, comme pour l'oublier. Mais en vain. Tous ses os craquent, ses articulations semblent se déchirer à chaque mouvement, sa chair le brule comme s'il avait été dépecé vif … Il sent les larmes dévaler la pente de ses joues et n'essaie pas de les retenir. Il a si mal !
Hoquetant, il ouvre à nouveau les yeux, puis les écarquille sous le spectacle qui s'étend à ses pieds. La pièce entière est couverte de sang ! Son cri, coincé dans sa gorge douloureuse, reste silencieux …

A qui est donc tout ce sang ? Depuis quand est-il là ?

En voulant se relever, il se rend compte qu'il est totalement nu.

Pourquoi ? Comment ?

De nouveau sur ses jambes, il tourna lentement sur lui-même. Tout est dévasté. La table de pierre, pourtant si solide et si bien encrée dans la roche de la falaise, est renversée, brisée en d'innombrables morceaux. Le coin servant de cuisine est effondré, totalement détruit. Les jambes tremblantes, il avance vers la chambre. Le rideau la séparant de la pièce principale est complètement déchiré. Seuls quelques lambeaux de tissu restent encore accrochés à la tringle de bois.

Il repousse les lambeaux, entrant dans la chambre, la peur au ventre. Peur de ce qu'il va y trouver.

Sur le grand lit qu'il partageait avec son père, un tas de chairs informe repose, tâchant les draps déjà carmins d'un rouge plus clair, plus … frai. Derrière lui, le vieux miroir ramené du temple et le mur sur lequel il est accroché sont rouges de sang, parsemés de morceaux de chair, comme si on avait balancé la forme là, comme si elle avait ensuite glissé jusque sur le matelas de fortune.
L'enfant s'effondre alors, horrifié. Ses mains à plat sur le mur devant lui, comme pour l'empêcher de sombrer, se crispent. Un nouveau soubresaut et il régurgite tout ce qu'il peut. Il pleure. Il a si mal ! Les contractions de son ventre le font tant souffrir ! Bientôt, l'odeur de vomi, ajoutée à celle des chairs et du sang le font de nouveau recracher tout ce qu'il peut … Même s'il n'a plus rien dans le ventre. Les larmes de douleur et de terreur ne cessent de rouler sur ses joues, et lorsqu'il veut les essuyer, il se fige.

Ses mains, ses habituelles petites mains sont bien plus grandes qu'avant.

Pourquoi ? Comment ?

La peur revient, tranchante, étouffante. Il suffoque. Il se relève alors brusquement et se précipite vers le miroir brisé, s'apprêtant à enjamber l'amas de chair, avant de s'immobiliser de nouveau. Et là, il le reconnaît. Il reconnaît ce regard bleu, ce visage si familier, habituellement toujours souriant mais désormais figé d'effroi, sans doute aussi de douleur …
Au milieu des tas de chair qu'il reconnaît peu à peu comme être des morceaux de jambes, de bras, il prend doucement la tête de son père en coupe dans ses mains. Arrachée. Broyée. Défiguré … Il ne peut y croire. Son père est … Son père est … !

Une lueur orangée passe devant ses yeux alors qu'il baisse la tête, la lui faisant relever immédiatement. Et il se fige de nouveau, face au miroir en miettes.

Impossible.

Il se jette sur un des morceaux, avant d'écarquiller les yeux. Qui est ce garçon ? Qui est cette personne qui le regarde au travers du miroir ?

Son regard turquoise, ses courtes mèches brunes, sa peau si blanche et duveteuse, son corps si mince et frêle … Disparus !

Devant lui se tient un garçon aux yeux dorés, à la pupille brune … Des cheveux orangés comme le couchant semblent couler le long de ses épaules, jusque dans son dos. Sa peau est bronzée, presque dorée et marquée en divers endroits de larges trainées rougeâtres. Des blessures. Son petit corps est plus fort, plus musclé, plus … puissant.

Alors il hurle. Il hurle et lâche le morceau miroir, qui vient se fendre sur le sol et rejoindre les innombrables morceaux coupants. Et ses hurlements viennent bientôt se noyer dans des sanglots déchirants.

Non ! Non ! NON !
Pourquoi ? POURQUOI ?!
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Lucian Mac Tìre
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MessageSujet: Renaissance   Ven 4 Fév - 20:43

Troisième parchemin, presque neuf.
Çà et là on trouve quelques bavures d'encre noire.

~ Renaissance ~

Ce fut un prêtre qui le trouva ainsi, serrant toujours la tête de son père contre lui.

On n'avait plus vu le prêtre Mac Tìre depuis des jours, et son fils semblait lui aussi avoir disparu. Aucune lumière dans leur maison, aucun son … Alors l'homme était allé voir. Il avait trouvé la porte non-verrouillée, et le spectacle qui l'avait attendu en pénétrant dans la demeure lui avait coupé le souffle. Il s'était apprêté à appeler à l'aide lorsqu'un sanglot était arrivé à ses oreilles.

Et il l'avait vu. Il ne l'avait pas reconnu au premier regard – comment l'aurait-il pu, l'enfant lui-même ne se reconnaissait pas. S'approchant, il avait posé sa main sur l'épaule toujours aussi nue – et si sale ! – du garçon, et celui-ci, après un sursaut, s'était jeté dans ses bras en l'appelant par son nom, pleurant de plus belles.

Alors il avait comprit. Il avait comprit ce qu'était devenu le petit Lucian, il avait comprit ce qu'il avait fait … Après tout, n'était-il pas le plus proche ami de son père ? Et, si les autres citadins avaient eu vent des rumeurs sur sa défunte femme, Allios, lui, avait vu ce qu'elle était.

Un murmure s'éleva de la petite forme tremblotante, et Allios dû tendre l'oreille pour en comprendre le sens.

« 
Tuez-moi … Tuez-moi ... » psalmodiait l'enfant.

Si la peur l'aurait fait s'exécuter, sa foi et son bon sens décida du contraire. La conscience de l'enfant qui le torturerait durant des années – si ce n'était tout au long de sa vie – ajoutée à la haine de ce qu'il était devenu était un châtiment bien assez dur aux yeux du prêtre. Et il su ce qu'il devait faire alors.

Enroulant le garçon dans un morceau du draps devenu rouge, il le prit dans ses bras et, prenant bien garde à le cacher du regard des autres, sortit de la maison. Une petite troupe de voisins s'était agglutinée devant l'habitation, et ce fut dans un cri d'horreur commun qu'ils reculèrent à la sortie du prêtre.

« C'est un véritable carnage » murmura Allios à leur attention. « L'enfant respire encore, je m'en vais tenter de le sauver. Son père n'a pas eu cette chance ... »

Il avait décidé. L'enfant mourrait à son tour, officiellement. Qui en ville croirait à sa survie si on le présentait ainsi transformé ? L'enfant mourrait, et Allios gagnerait un neveu. Un neveu qu'il lui faudrait apprendre à maîtriser.

~ ¤ ~

Il fallu un peu moins d'un mois à l'enfant pour qu'il veuille de nouveau parler. Lorsqu'il pu enfin le faire sans craintes, lorsque son traumatisme se fut apaisé, il recommença à sourire … légèrement. Mais alors qu'il allait mieux, tous les efforts d'Allios furent ruinés par le cycle naturel de la lune. Une minute d'inattention de sa part, et le garçon, la bête s'était enfuie dans les rues d'Onasis.
Les conséquences meurtrirent tant la conscience du prêtre que le cœur du garçon qui, redevenu lui-même, constata comme chacun au levé du jour la mort de deux hommes et une vieille dame, égorgés, déchiquetés par les crocs d'une bête inconnue.

Il se referma alors sur lui-même, comme l'avait craint Allios.

Sous l'insistance de son nouveau tuteur, il accepta de retourner à l'école. L'instruction était la voie de tout succès, telles étaient les paroles du prêtre d'Athéna. Quoiqu'il devienne plus tard, s'il savait lire et compter, s'il connaissait toutes les subtilités de la langue, Lucian serait plus sûr de lui, car moins vulnérable aux innombrables trompeurs que comportait Ouranos.

Chaque mois, Allios enfermait son protégé dans une des caves du temple d'Athéna, l'enchaînant au mur afin qu'il ne blesse personne. Et à chaque fois qu'il avait à le faire, la tâche lui semblait d'autant plus difficile qu'une fois la nuit passée, il délivrait un enfant détruit moralement, couvert de son propre sang, vestiges de la soif de violence de la bête qu'il devenait. Dans ces moments-là, il se demandait comment son vieil ami avait fait toutes ces années pour infliger à sa propre femme des conditions si horribles – horribles, mais nécessaires, et cela, même l'enfant de dix ans qu'était Lucian en était conscient …

Trois ans après sa ''mort'', Lucian demanda à récupérer la maison de son père. En mémoire du défunt prêtre Mac Tìre, personne ne l'avait récupérée et elle avait été laissée à l'abandon. Mais Allios l'entretenait en secret, prenant soin de la garder propre – ou du moins, plus propre qu'il ne l'avait trouvée à la mort de son vieil ami. Aussi, personne ne s'opposa à ce que le neveu du plus grand ami de l'ancien propriétaire des lieux reprenne la maison des Mac Tìre.
Lucian avait comprit, bien avant d'y remettre les pieds, à quoi servait la cave tout au fond. Il comprit à quoi elle avait servi et à quoi elle servirait.

Le garçon, qui devenait jeune homme, avait définitivement coupé les ponts avec toutes ses anciennes connaissances. Il n'avait voulu rencontrer aucun de ses anciens amis et l'éternel sourire qui le suivait auparavant semblait, au plus grand malheur d'Allios qui l'avait vu naître, avoir totalement disparu.

Et, lorsqu'il fut installé seul dans son ancienne maison, loin de son tuteur qui ne venait plus que les soirs de lune pour l'aider à se protéger – se protéger de lui-même, il devint d'autant plus silencieux. Les mots doux, gentils et serviables qui sortaient auparavant si souvent de sa bouche rosée s'étaient transformés en murmures. Il ne parlait pas plus que nécessaire, restant dans l'ombre.
Les soirs où il restait lui-même, il apprenait la ville. Il apprenait ses arches, ses colonnes et ses ponts de pierres, ses ruelles perdues et oubliées …
Le jour, lorsqu'il n'allait pas en cours, il apprenait les gens. Il apprenait à reconnaître un commerçant, un politicien, un prêtre ou encore un employé des bains à leur démarche, à leur façon de parler, à leurs gestes …

Et c'est ainsi que, au dessus de toutes ses capacités, la plus marquée resta celle de l'attention, de l'observation ...
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Lucian Mac Tìre
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MessageSujet: Au service d'Hermès   Ven 4 Fév - 20:44

Quatrième parchemin.
Les bordures froissées, comme si quelqu'un avait serré trop fort le papier,
sont le seul vestige d'une ancienne lecture.

~ Au service d'Hermès ~

« Avez vous vu ce garçon, devant le Grand temple ?
Qui est-il ?
Un étranger ?
Apollon a été si bon avec lui ! Avez-vous vu ses yeux ?
De l'or liquide !
Et ses cheveux ?
J'ai entendu dire que les hommes du Grand Nord avaient pareille chevelure. Peut-être en est-il un ? »

Une vieille dame, passant devant les jeunes filles, fronce les sourcils.

« Allons, jeunes filles, ne voyez-vous donc pas son nez droit, ses lèvres fines, son front haut ? Ce jeune homme est assurément Ouranien. Peut-être est-il même Cylicien !
Mais ses cheveux ? Jamais pareille couleur n'a été vue à Cylicia ! »

La femme étouffe un rire moqueur.

« Les hommes du Nord n'ont aucune croyance aux Dieux de l'Olympe, que ferait l'un d'entre eux devant le temple de la Grande Athéna ? Non, celui-ci est différent … Méfiez-vous, jeunes filles. Il n'est pas impossible que quelque sorcellerie ait transformé votre bel inconnu ... »

Et sur ces mots, la vielle femme repart, laissant les jeunes filles à leurs doutes.

~ ¤ ~

Alors que quelques mètres plus loin, des jeunes femmes émues s'évertuaient à le couvrir de compliments, Lucian attendait la sortie de son tuteur. Une grande cérémonie avait eu lieu dans la matinée, et le grand ami de son père avait, par son travail et sa foi, gravit les échelons de son métier qui, après tout, était un métier comme un autre.

L'homme descendit les marches du temple de la Déesse de la Sagesse avec grâce, et le jeune homme ne pu retenir un sourire en coin. Il l'avait bien mérité, ce titre de Haut-prêtre d'Athéna.

« Lucian ! » sourit Allios en le prenant dans ses bras. « J'ai bien cru que tu ne viendrais pas !
Pourquoi manquerais-je une telle cérémonie ? »

Le haut-prêtre fronça les sourcils.

« Tu n'étais pas là, ce matin.
Je ne voulais pas imposer ma déplaisante présence à toute la caste religieuse … Je sais que beaucoup de Haut-prêtres étaient présents, et qu'ils n'apprécient soi-disant pas mon comportement … »

Le visage de l'homme se fit alors bien plus grave.

« Tu as recommencé ? »

Lucian ne répondit pas, détournant les yeux.

« Lucian, tu as encore volé ? »

Le jeune homme eut un sourire en coin, de ceux qu'il réservait habituellement à ceux qu'il trompait, et cela déplut fortement à ton tuteur.

« 
Disons que je vis à ma façon …
Lucian ! Combien de fois t'ai-je mis en garde contre ce genre de comportement ? As-tu seulement besoin de voler lorsque tu peux être nourri ici ?!
En demeurant au temple, je reste prisonnier de tes croyances, et tu sais comme moi que je ne supporterais pas de nouvelles chaines !
Prisonnier de mes croyances ? De mes croyances ?! As-tu seulement idée de l'affront que tu viens de faire en rejetant l'existence des Dieux ?! »

Le jeune homme soupira de dépit. Il savait qu'il n'aurait pas dû aborder le sujet, son tuteur s'enflammait toujours dès qu'ils parlaient de sa façon de vivre.

« 
Je ne rejette pas leur existence, Allios ! Je n'éprouve simplement pas le besoin de les prier chaque seconde de mon existence, et cela, tes collègues les Haut-prêtres ne semblent pas l'accepter … comme tu ne sembles pas l'accepter non plus. » ajouta-t-il, une pointe d'accusation dans la voix.

« Prend garde à toi Lucian ! » s'écria alors de Haut-prêtre. « Les Dieux veillent sur tous, et il y a peu de chances que ta façon de vivre ne les ait pas contrarié ! Ils te puniront, Lucian, tu peux en être sûr !
À quoi bon changer ? Parlons-en, justement, de ma façon de vivre ! Certes, elle est faite de vols et de tromperies, mais j'honore Hermès en cela. Il protège les voyageurs, les voleurs et les plus ingénieux ... Je suis de ces trois-là, qu'ai-je à craindre ? 
Tu honores Hermès, mais tu provoques les autres Dieux !
Les autres Dieux ? Mais des Dieux agissants, il n'y a qu'Hermès qui mérite ma foi, Allios ! Aphrodite ? Elle a certes béni ma mère d'un enfant, mais ce fut au prix de sa propre vie ; Héra l'a laissé se mourir sur son lit d'enfantement ! Artémis est ma malédiction ! Comment adorer une déesse dont l'apparition la nuit transforme ma vie en cauchemars ? Apollon, Arès et même Poséïdon n'ont jamais rien eu avoir avec moi ! Vois enfin dans quel état Hestia a mit mon foyer !
Comment peux-tu oser ? Si Athéna t'entendais, tu se- ... »

Mais avant qu'il n'ait fini sa phrase, le jeune homme le coupa :

« 
Cesse donc de tout vouloir contrôler, Allios. Les Dieux ont précipité ma vie en Enfers alors même que je n'étais pas encore un homme ; j'ai été mis à l'épreuve comme tu ne le seras jamais, Haut-prêtre d'Onasis, et pour cela je crois, les Dieux me doivent bien de m'épargner de les honorer chaque jour ! »

~ ¤ ~

L'esprit agité, le corps tendu, Lucian marchait dans les rues sombres d'Onasis, alors que le soleil venait de dépasser l'horizon. Ses pas étaient silencieux et calmes, comme si, à l'instar d'un chat, il eut marché sur des coussinets. Ses pensées l'étaient pourtant bien moins. Cela faisait des mois qu'il ne s'était pas ainsi disputé avec son tuteur. Paradoxalement, cela arrivait de plus en plus souvent depuis ses quatorze ans.

Il retint un soupire en traversant le pont de pierre. Prit d'une envie soudaine, il jeta un coup d'œil à la rue qui passait en dessous, puis enjamba avec dextérité la rambarde et sauta. Retombant sur ses pieds dans un bruit sourd, il se redressa et, mettant les mains dans ce qui lui servait de poches, reprit son chemin.

Cela faisait déjà cinq ans que son père était mort. Cinq ans qu'il avait radicalement changé d'apparence, qu'il était devenu un monstre … Ces Dieux que son tuteur aimait tant l'avaient abandonné. Il s'y était fait, et il avait finit par apprécier cette force, cette agilité nouvelle que lui conférait sa nature.

Parfois, lorsque la pleine lune était encore loin, il devenait cette bête qui avait détruit sa vie. Mais alors il n'était pas un monstre, il était un loup. Un grand loup aux yeux dorés, aux poils orangés comme le couchant, aux pattes fortes et à l'allure digne. Lorsqu'il s'était vu ainsi pour la première fois, il avait eu un certain élan de fierté. Il ne savait pas ce qu'il devenait à la pleine lune, mais ce loup majestueux dont il revêtait parfois l'apparence était si beau, si fier que cela n'avait pu qu'enchanter Lucian.

Mais cet enchantement disparaissait une fois par mois, lorsqu'il devait se réveiller courbaturé, la gorge brulante d'avoir trop hurlé, – rugit ? grogné ? – les poignets saignants d'avoir trop forcé sur les chaines, le corps souvent marqué de traces de griffes, de crocs en manque de sang … Comment être fier d'une telle chose ?

Sa place n'était pas en ville. Sa place était ailleurs, loin des hommes, loin des humains si vulnérables face à sa condition. Oui, décida-t-il, perché sur une grande arche de pierre taillée, à plusieurs mètres de la rue la plus proche. Oui, il devait partir. Il avait assez attendu. A quinze ans, il devait être capable de se débrouiller seul. Il avait assez compter sur Allios, sur la mémoire de son père, sur ses capacités de voleur. Il avait assez abusé de l'hospitalité d'Onasis.

Il partirait deux jours après la prochaine lune, la semaine suivante. Ainsi, il aurait le temps de se préparer. Ainsi, il pourrait faire ses adieux à Allios, le remercier dignement pour tout ce qu'il avait fait pour lui durant ces cinq dernières années. Ainsi, il lui resterait un mois pour trouver un endroit sûr loin des villes …

Oui, il partirait. Il l'avait décidé.
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Lucian Mac Tìre
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MessageSujet: Vers un nouveau monde   Ven 4 Fév - 20:45

Cinquième parchemin, froissé, marqué de pliures.
Deux des quatre coins se détachent doucement.

~ Vers un nouveau monde ~

On chahute, on se bouscule. Les cris et les appels résonnent entre les arches de pierre et les murs de terre des petites habitations. Les gens se pressent, dépassent, courent même parfois. Pour rien au monde ils ne manqueraient un tel évènement.
Sur la place du grand marché, tous les commerçants du pays sont rassemblés. Viandes, poissons, fruits, légumes, herbes aromatiques, objets fantaisies … Les femmes, le panier plein de leurs achats pour les repas de la semaine, tentent difficilement de tenir tête à leurs enfants qui, revêtant leur plus beau regard larmoyant, demandent incessamment leur part de jouets et bijoux.

Marchant au milieu de la foule, un large capuchon aux reflets verts rabattu sur la tête, un sac en baluchon balancé négligemment sur son épaule, un jeune homme observe. Un sourire en coin, il s'approche d'un étale envahit par les acheteurs. Le pauvre petit commerçant ne fait pas assez attention à ses marchandises … Il repart sans un mot, une poche pleine de pommes, de figues et de quelques grenades bien mûres. Il a prit soin d'avoir de profondes poches … Un autre ici vend des céréales. Et comme tous les autres, la clientèle se presse autour de son étalage, l'empêchant d'y voir clair. Avec tous les bénéfices de cette journée, un sac d'orge en moins passera inaperçu …

Un cri le fait se retourner brusquement. A quelques mètres hors de la foule pressante, une petite fille pleure sur son bracelet brisé au sol. A peine plus loin, quelques garnements s'enfuient encore en riant, laissant l'enfant à ses larmes.
Il n'y a rien qu'il puisse faire pour elle, aussi il hausse les épaules et continue son chemin.

Passant près d'un petit marchand de bijoux, le jeune homme s'arrête. Il se penche légèrement, et une longue mèche orange sort de sous sa capuche, se tendant vers l'étale, laissant apparaître une large perle de terre cuite aux profondes arabesques louant les Dieux : un charme de protection ... Un doux sourire se peint alors sur le visage habituellement inexpressif du jeune homme, et d'une voix grave et profonde, il demande à l'homme face à lui : « 
Combien pour ce bracelet ? »
Il déposa quelques pièces de bronze dans la main du marchand puis, faisant volte-face, s'en retourne près de la petite fille. S'accroupissant près d'elle, il lui sourit et lui tend le bracelet. L'enfant relève les yeux vers lui, plongeant dans son regard doré, et les larmes cessent de couler. Elle prend l'objet et, reniflant une dernière fois, lui sourit doucement.

Avec une caresse amicale sur sa tête, le jeune homme quitte l'enfant et reprend sa route, un léger sourire sur les lèvres.

Sa dernière action dans cette ville.
Faire sourire un enfant.
Son propre sourire s'agrandit. Oui, cette idée lui plaît bien.

Il quitte alors la place du marché, slalomant entre les ruelles qu'il connaît désormais par cœur. Il prend un dernier pont, puis s'arrête. Il lance un dernier regard à la ville par-dessus son épaule puis, rajustant son baluchon, quitte la cité qui l'a vu naître. Désormais, il vivrait seul ...

~ ¤ ~

Lucian passa des mois à airer sur les routes, s'écartant parfois pour trouver un bosquet où passer la nuit, une rivière où se réapprovisionner, se servant même de sa seconde forme pour chasser … Chaque lune était d'autant plus dangereuse qu'il n'avait nulle part où s'enfermer. Mais heureusement pour sa conscience, il devait bien être un des seuls voyageurs sur les routes à cette époque … Les marchands étaient déjà tous à Onasis, et les rôdeurs ne fréquentaient pas de tels chemins.
Après quatre mois à vivre dans la plus profonde nature, il arriva dans un petit village. Lui qui avait si longtemps évité la compagnie des humains normaux se retrouvait en plein cœur de leur civilisation. De sa civilisation, bien qu'il ne se reconnaisse pas comme tel …

Fouillant dans ses poches, il sortit une petite poignée de pièces d'argent qu'il n'avait pas eut à dépenser durant son voyage. Devant lui, un grand bâtiment portant l'enseigne de « La gargote d'Eor » s'élevait entre les maisonnettes.
Quelques mots échangés, une poignée de pièces posée sur le comptoir, une clé en échange, et il montait les escaliers jusque dans sa chambre. Il en ressortit quelques minutes à peine après, demandant à l'aubergiste la direction des bains publics. Si le village était petit, au moins savait-il accueillir les voyageurs avec bonne intention …

Ce fut, de tous ses souvenirs de voyages, son arrêt dans cette petite bourgade qui lui ouvrit bien des portes. Car de statut d'enfant, il passa à celui d'homme, perdant son innocence. Dans les bains, d'un regard appuyé, d'une caresse plus osée, il s'était trouvé embarqué dans une chambre par un total inconnu qui lui avait fait découvrir les joies d'Eros toute la nuit durant.
Et au matin, la gêne dissipée et la légère douleur oubliée, il avait conclu en rencontrant le magnifique sourire et les yeux d'un vert forêt de son amant d'un soir que ça n'avait pas été une si mauvaise chose …
Seul un arrière-goût lui restait dans la gorge : il avait payé une chambre à l'auberge pour, au final, ne pas s'en servir … Lorsqu'il en avait fait part à l'homme, de plusieurs années son aîné, celui-ci avait simplement rit, et la chaleur qu'il dégagea balaya immédiatement le regret de Lucian.

« Je m'appelle Fabius ! »

L'homme insista pour l'accompagner à son auberge et, chemin faisant, lui proposa même de lui faire visiter la ville.

« Tu n'as vraiment que quinze ans ? Je t'en aurais facilement donné vingt, comme moi ! »

Durant tout son séjour au village, il lui tint compagnie. Son rire chaleureux et son éternel sourire, plein de joie de vivre, réconciliait presque Lucian avec lui-même. Il se sentait humain avec lui.

« Quelles cicatrices tu as là ! » s'exclamait-il souvent, allongé sur leurs draps défaits. « Ça te dirait de les cacher sous des tatouages ? J'ai un ami qui est très doué pour faire ça ! »

Fabius le présenta à certains de ses amis, l'amenant même plusieurs fois dans le quartier des bordels comme s'il voulait lui réapprendre à apprécier la vie.

« Tu ne me feras pas croire qu'à quinze ans tu ne t'es jamais adonné à ce genre de plaisirs ! Jamais ? Eh bien on va rattraper tout ça ! »

Et lorsqu'à son tour, entouré de femmes et d'hommes, une cruche de vin à la main, Lucian riait aux éclats, une lueur dans les yeux de Fabius réchauffait d'autant plus le cœur du jeune homme.

Mais un conte ne dure jamais longtemps, et bientôt vint le jour où il s'en rendit compte. Après avoir passé la journée en compagnie de Fabius, Lucian s'effondra sur le lit de l'auberge en soupirant de dépit.
Et, en levant les yeux vers la fenêtre, il comprit sa plus grave erreur. Il n'avait pas compté les jours.

La lune se levait lentement, pleine et ronde, brillante comme une balle d'argent. Il sentit son corps se transformer au même rythme. La douleur de la première fois avait depuis longtemps disparut, mais il sentit avec horreur sa conscience s'endormir progressivement. Avec une dernière pensée pour les villageois qu'il avait condamné par sa négligence, le jeune homme ferma les yeux, et le monstre les rouvrit …

~ ¤ ~

Ça avait été un véritable massacre. Dix morts et deux blessés. Femmes, enfants, vieillards … Et les deux blessés ? Dans son ignorance de sa race, il n'avait même pas conscience qu'il avait fait d'eux des bêtes, à leur tour. Il n'en savait rien … Comment aurait-il pu ?

Achetant de nouveaux vêtements, son capuchon de nouveau sur la tête, Lucian avait quitté le village à l'aube de la seconde nuit. Il n'aurait jamais dû venir ici. Il n'aurait jamais dû rencontrer Fabius, dont il n'avait aucune nouvelle depuis. Il n'aurait jamais dû croire à ce bonheur, à ce bien-être dans lequel il avait réussi à le plonger … Désormais, qui savait où il pouvait être. Peut-être même faisait-il parti de ces gens qu'il avait tué …

Il repartit sur la route, sans un regard en arrière. Une seconde fois, il quittait une ville qui l'avait vu s'épanouir. Une seconde fois, il quittait ceux qu'il aimait pour s'exiler …
Seulement cette fois-ci, il ne suivrait pas les routes. Il irait au Nord, dans les grandes montagnes de Kyrithes, là où elles sont le plus infranchissables. Il irait loin, assez loin pour ne plus croiser aucun humain, pour ne plus faire de mal à qui que ce soit …

~ ¤ ~

La neige tombe, incessante, immaculée, recouvrant sans pitié toute plante, gelant toute étendue d'eau. Le vent souffle si fort qu'il a l'impression qu'il pourrait le pousser dans le ravin sans aucun effort, s'il était sous son autre forme. La bête avance, luttant contre le froid, contre la tempête, un baluchon de tissu dans la gueule, une perle de terre cuite se balançant au bout d'une mèche de poils longs, juste derrière son oreille. Sa gueule aux crocs acérés, ses yeux perçants, ses pattes fortes résistent aux épreuves de la nature. Son pelage orangé est noyé sous les couches de neige. Il a bien grandit depuis l'époque où il se reniait, depuis sa naissance … Avec le temps et les efforts, il est devenu plus grand, plus fort … Il est presque adulte, désormais.
Mais un adulte seul, lui rappelle une petite voix dans sa tête.

Là, dans la roche, un abri ! Il s'y précipite, se coupant du vent, poussant un soupire de soulagement. Il lui faut du feu, s'il ne veut pas mourir gelé … Posant son baluchon, il s'élance au dehors à la recherche d'arbustes. Lorsqu'il revient, il pose les branches au centre de l'étroite caverne, reprenant forme humaine. Un frisson le traverse. Être nu au milieu de la neige n'est sûrement pas la meilleure idée qu'il ait eu ! Il enfile rapidement quelques vêtements sortis du baluchon, puis tente d'allumer un feu à l'aide de pierres.
Enfin, reprenant sa forme animale, il se blottit contre la source de chaleur, se recouvrant tant bien que mal de ses vêtements en soupirant. Dans la nuit, il n'est pas impossible qu'il reprenne inconsciemment forme humaine, et il ne veut pas se retrouver congelé au matin.

Il aura dix-sept ans dans un peu plus d'un mois. Il retient un sarcasme en y pensant. Déjà deux ans qu'il a quitté Onasis. Deux ans qu'il n'a aucune nouvelle d'Allios. Plus d'un an qu'il n'a plus mit les pieds – les pattes, ajoute une voix dans sa tête – dans une ville. Mais au moins un an qu'il n'a fait aucun mort. Son dernier mois ? Deux vaches et une biche. Peut-être aussi un lapin, à quelques heures de l'aurore, mais il n'en est pas sûr. Mais aucun être humain. Pas d'enfants, pas de femmes, pas de vieillards. Pas de père, pas d'amant non plus.
A cette pensée, il revoit encore le corps décharné de son père ; il se revoit, âgé d'à peine dix ans, la tête arrachée entre ses petites mains … Il serre les paupières. Non, il ne doit pas y penser. Il ne doit pas …

Lorsqu'il s'éveille au matin, il sent immédiatement un danger. Il a gardé sa forme animale toute la nuit – et heureusement, pense-t-il en voyant le feu éteint devant lui, car il a ainsi échappé à une mort certaine …
L'odeur ne lui est pas familière. Certes le vent a cessé de siffler à l'entrée de la petite grotte, certes la neige semble avoir arrêté de tomber, mais il sent, par dessus ces évènements, une présence qu'il ne connaît pas. Un présence qui, lui souffle son instinct, peut être aussi bénéfique que malfaisante, s'il fait un seul pas de travers.

Il se redresse alors sur ses quatre pattes, prêt à se défendre si la présence ne s'en va pas …
Mais au contraire, elle ne fait que s'accentuer, et il voit même des ombres hésiter à entrer … Il retient son souffle en reconnaissant une forme similaire à la sienne.

Alors, lentement, il voit deux grands loups entrer dans sa caverne d'une nuit, montrant les crocs. Sont-ils sauvages ? Sont-ils comme lui ? A son tour, il grogne. S'ils veulent se battre, il est prêt à leur en faire baver.
Soudain un troisième apparaît, au milieu des deux autres. Immense, au poil d'un noir profond, aux yeux d'un …

Mais Lucian se reprend. À trois contre un, il sait qu'il ne s'en sortira pas vivant. Il sait qu'il n'a aucune chance …
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Lucian Mac Tìre
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MessageSujet: On a tous droit à une fin heureuse … Tous, vraiment ?   Ven 4 Fév - 20:45

Sixième parchemin.
L'ensemble du document semble neuf.
Sur les derniers paragraphes, des gouttes d'eau – salées,
remarquez-vous lorsque des petits cristaux se détachent de la feuille –
effacent certains mots que vous parvenez à déchiffrer avec peine.

~ On a tous droit à une fin heureuse … ~
~ Tous, vraiment ? ~

Il était acculé dans cette grotte, sans possibilité de fuir, par trois immenses loups qui n'avaient rien d'amicaux. Peut-être était-il sur leur territoire ? Mais comment s'excuser, comment leur faire comprendre qu'il partirait si on le lui demandait ?

Le plus grand de ses trois adversaires plongea son regard vert dans le sien, doré. S'il le voulait mort, il lui faudrait d'abord se battre. Et s'il n'avait aucune chance de gagner, Lucian savait qu'au moins, il pourrait en blesser un gravement. Le regard du loup dériva sur ses affaires, son baluchon posé à quelques mètres de lui, et Lucian le vit écarquiller les yeux.
Il fronça les sourcils. Ainsi il était lui aussi humain, au font de lui. Ainsi, il voulait lui voler le peu de richesses qu'il possédait. Mais il ne le laisserait pas faire.

Et soudain, sans prévenir et sans un son, le gros loup noir s'élança vers lui. Lucian grogna, s'apprêtant à mordre son adversaire profondément, lorsqu'il se figea.

« Lucian !! »

Au lieu d'une immense bête, ce fut un corps plus fin, légèrement musclé qui s'abattit sur lui, l'enserrant de ses bras, plongeant son visage dans sa fourrure.

Ses bras ? Son visage ?!

Le jeune homme reprit forme humaine, se retrouvant écrasé sous le corps plus imposant de l'autre homme. Il écarquilla les yeux, plongeant son regard dans les prunelles d'un vert forêt de cet homme qu'il avait cru perdu.

« 
Fabius ... »

L'autre éclata alors de rire, l'embrassant légèrement, comme euphorique.

« Tu te souviens de moi, en plus ! J'ai vraiment cru que je ne te reverrais jamais, tu sais ? »

Puis, se tournant vers les deux autres loups, il leur sourit.

« Severus ! Coclès ! Tout va bien, c'est un ami ! »

Alors que ses amis approchaient, il plongea de nouveau son regard dans celui de Lucian, resserrant son étreinte.

« C'est fou ce que tu as grandi ! Il est bien loin, le jeune garçon que j'ai défloré » ajouta-t-il avec un clin d'œil suggestif qui fit presque rougir Lucian.

Puis, sans lui laisser le temps de placer un mot, il se releva, le libérant de son poids, et lui tendit la main pour l'aider à en faire de même.

« Allez, viens, je t'amène chez moi ! »

Il échangea quelques mots avec les autres autres loups, puis se tourna vers lui.

« Comment as-tu pu passer la nuit dans un abri aussi … primitif ? » murmura-t-il pour lui-même en le voyant ramasser ses affaires, les plier dans le baluchon et reprendre sa forme animale.

~ ¤ ~

Dans l'immense caverne qui servait de maison au plus âgé, au milieu de la galerie servant de chambre, allongés l'un contre l'autre à quelques mètres de trois autres jeunes hommes et deux jeunes femmes dans la plus parfaite nudité, Fabius et Lucian souriaient.

« 
Je n'aurais jamais cru que tu puisses être un loup, toi aussi …
C'est plutôt à moi de dire ça ! Tu étais si jeune, si mignon », ajouta-t-il avec un sourire taquin. Je n'aurais jamais cru que tu aies survécu à une morsure de loup-garou.
Loup-garou ?
Oui, c'est ce que nous sommes. Mi-loup, mi-humain, nous perdons toute conscience à la pleine lune …
En fait … Je pense que ma mère en était une. Moi, je ne l'ai découvert qu'à mes dix ans.
Tu es un loup-garou par le sang ? Waou ! Quelle classe ! C'est comme si tu étais un … un pur sang ! » rit doucement Fabius.

Après un léger silence, Lucian reprit :

« 
Fabius, où étais-tu, le lendemain de pleine lune ?
Tu veux dire, au village ?
Hn.
En fait, j'ai été mordu deux ans avant de te rencontrer. Il y a eu une attaque dans le village, et j'ai survécu. Un de mes ami a vu tout ça me tomber dessus, tu sais, les transformations … Du coup, il m'aidait, il m'enfermait dans sa cave lors des pleines lunes. Mais je restais habituellement un ou deux jours de plus là-bas, pour cicatriser correctement. Ça aurait fait bizarre si j'étais venu te voir couvert de plaies sanguinolentes, non ? Mais quand je suis sorti, tu avais disparu … »

Un nouveau silence s'installa entre eux, et le plus âgé en profita pour serrer son cadet contre lui.

« Quand tu as disparu, et qu'on a eu vent des morts, je crois que j'ai compris à ce moment-là que tu en étais un aussi. » murmura-t-il à son oreille, comme une confidence, sans tenir compte du frisson qui parcouru Lucian. « Après tout, quand je t'ai rencontré, tu étais si … brisé. Comme si tu avais passé ta vie à fuir, sans t'attacher à personne. Ça m'a donné envie de te protéger. J'ai toujours envie de te protéger » ajouta-t-il avec un doux sourire. « Et à la lune suivante, il y a eu de nouvelles victimes. »

Lucian trembla alors, pensant aux deux blessés qu'il avait laissé derrière lui. Ainsi il était responsable du malheur de deux hommes, torturés à leur tour par leurs crimes jusqu'à la fin de leurs jours ? Jamais sa conscience ne lui permettrait d'oublier cela. Mais alors qu'il sentait les larmes affluer, Fabius resserra son étreinte, le couvrant de tout son corps, le réconfortant.

« Tu n'étais plus là, ça ne pouvait pas être toi … Alors j'ai cherché qui avait bien pu faire ça. Quand j'ai trouvé Severus et Coclès, je crois bien qu'ils étaient sur le point de se tuer eux-même. Je me suis dis que ça n'était pas juste. Pourquoi nous n'aurions pas le droit de vivre heureux, nous aussi ? Je me suis dis que si nous vivions loin des autres humains, nous pourrions sûrement l'être. Je leur en ai parlé, et nous sommes partis. »

Il étouffa un bâillement dans le cou de Lucian avant de continuer :

« Ensuite, tout s'est enchainé très vite. Nous avons courru jusqu'ici pendant quelques mois, ne vivant presque que sous notre forme de loup. Turia et Livia vivaient seules non loin d'un petit village à côté duquel nous sommes passés. Nous leur avons proposé de venir avec nous, et elles sont là. Agrippa est le tout dernier. Livia avait tué toute sa famille, mais dans un moment de conscience, elle avait réussi à l'épargner, non sans l'avoir mordu. Les villageois, horrifiés de ce qu'il était devenu, voulaient le sacrifier aux Dieux pour éviter une nouvelle attaque. Il est aussi jeune que tu l'étais quand je t'ai connu » sourit-il en déposant un baiser sur le bout du nez de son cadet.

Celui-ci eut un sourire doux et se boudina un peu plus contre Fabius, heureux de l'avoir retrouvé.

Le lendemain matin, l'aîné lui proposa gentiment s'il voulait bien rester à ses côtés pour des dizaines, voire des centaines de lunes … Et Lucian, une bouffée de chaleur montant jusqu'à son cœur aidant, lui sauta dans les bras en criant un « 
Oui ! » qui fit rire les six autres loups.

Il avait trouvé une famille, un endroit où rester lui-même. Ils étaient tous les mêmes. Ni totalement loups, ni totalement humains. Lors des lunes, ils chassaient en meute, se battant parfois entre eux … Mais leurs forces s'égalaient, et les seules conséquences de ces combats étaient, au pire, une blessure qui mettrait le mois à guérir.
C'était juste un endroit où il pouvait se sentir chez lui … Pour aussi longtemps qu'il y resterait.

~ ¤ ~

Il ne pouvait pas. Pire, il ne voulait pas.

Face à lui et à tout son clan, les Dieux l'avaient convié à rejoindre le Sanctuaire. Face à lui, ces Dieux qu'il avait renié en quittant sa ville natale, les Dieux qu'il avait accusé, rabaissé devant son tuteur, les Dieux qu'il se souvenait avoir maudit dans les premières années de sa transformation … Comment était-ce possible ?

« Tu as été choisis pour défendre les pays d'Ouranos », avaient-ils dis. « Dans ce Sanctuaire, tu apprendras à maîtriser la magie, tu apprendras à te battre. Tu y seras nourri et logé dans le Pavillon qui deviendra ton habitat et plus encore, ta divinité protectrice. »

Mais Lucian n'avait pas accepté.

« 
Comment pourrais-je me plier à cela ? » avait-il soufflé, aussi impressionné que terrifié. « Par ma seule présence, je mettrais les autres en danger ! Voulez-vous tant introduire un monstre dans votre école de mages ? Je ne suis pas fais pour aller là-bas ! Pas après tous mes crimes ! »

Et il ajouta d'une voix tremblante, plongeant son regard dans celui de Fabius, debout à ses côtés :

« 
Pas après avoir enfin trouvé une famille ... »

Mais les Dieux ne voulurent rien savoir.

« Une amulette fut créée, enfermant la conscience du monstre qui te possède chaque lune, te permettant de garder l'esprit clair. Tes crimes sont commis par nombre de tes semblables, et tous n'ont pas tant de remords. Tu fais partie des Élus, tu es fait pour vivre au Sanctuaire. Tu y trouveras une nouvelle famille. »

Et les Dieux étaient partis, réclamant sa présence au port le plus proche, pour le prochain bateau partant pour le Sanctuaire.

Les yeux humides, les mains tremblantes, il se tourna vers son ami, son amant, son égal …

« Vas-y, Lucian. »

Ces simples mots déchirèrent son cœur. Si Fabius le lui avait demandé, il serait resté, il aurait défié les Dieux pour lui. Mais même Fabius semblait de leur côté.

Il le prit dans ses bras, le berçant lentement, alors que les autres s'éloignaient, sachant pertinemment que leurs chefs avaient besoin de parler seuls. Cela faisait déjà plus de six mois que Lucian était parmi eux, et s'il était le créateur de deux d'entre eux, il était surtout l'ami de tous. Jamais aucune tension n'avait éclaté autour de Lucian depuis son arrivée. Et même s'ils étaient moins proche de lui que ne l'était leur premier chef, ils seraient sans aucun doute tout aussi triste de le voir partir …

« 
Fabius » sanglota le jeune homme, cachant ses larmes dans le cou de son amant.

« Je voudrais te garder pour moi seul », murmura celui-ci. « Je voudrais que jamais personne ne te regarde, qu'ils ne voient jamais à quel point tu es beau, à quel point tu es fort. Je voudrais être le seul à être fier de toi … » Il l'embrassa tendrement, sans desserrer son étreinte. « Mais Lucian, même les Dieux t'ont vu. Ils ont vu la force de ta volonté, ils ont vu la beauté de ton âme, si tâchée soit-elle par notre nature … Ils ont vu l'éclat de ton cœur, si pur qu'il leur est parvenu tout là-haut, jusqu'à l'Olympe … Et pour cela, tout mon amour ne suffirait pas à te retenir.
Non … Fabius, je ne veux pas te-
Tu pourrais être un héros, Lucian ! Tu pourrais sauver tout Ouranos ! Là-bas, tu seras traité en homme normal ! Là-bas, tu n'auras plus jamais à te morfondre, à trembler de peur comme nous le faisons tous à l'approche de la lune, terrifiés à l'idée de tuer un énième innocent … Là-bas, tu seras libre de tout cela, Lucian !
Mais à quel prix ?! » cria alors le plus jeune. « Sais-tu par quels sacrifices j'ai dû passer pour survivre ? Sais-tu sous quelles barricades, sous quels innombrables verrous j'ai dû enfermer mon cœur pour sauver ce qu'il me restait d'innocence ?! Il m'a fallu sept ans pour arriver à trouver une vraie famille, à te trouver, toi qui as su briser mes chaines … Veux-tu que mes efforts soient vains, veux-tu que mon cœur prenne le risque de se fermer à jamais ?! » hurla-t-il, le visage inondé de larmes douloureuses.

Le regard émeraude s'adoucit.

« Je t'attendrais, Lucian. Je serais avec toi tout le temps. Je ne sais combien de temps ton apprentissage durera, mais je serais là quand tu reviendras. Et si, par Aphrodite et Apollon, tu trouves quelqu'un qui me remplace là-bas, alors je resterais à jamais ton ami. Je peux te le jurer sur Artémis qui nous protège. »

Un dernier baiser, une dernière nuit partagée, mélange de plaisir infini et de tristesse amère, et Lucian leur faisait ses adieux. Il partirait. Il y était forcé.
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Aux soins du destin
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